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Publié le 23 avril 2019
Par Jeanne Desrosiers

Blogue

Ébénisterie: La chance de toucher du bois

Achat local - Décoration

Les métiers d’art sont des vecteurs de création au sein de la société québécoise. Ils sont au cœur de l’art québécois, en constante évolution, faisant des techniques ancestrales des sujets d’actualité. C’est par les institutions qui les incarnent que se transmettent les connaissances et les savoir-faire qui font perdurer ces disciplines à travers les décennies. Cette série d’articles se veut une présentation de chacune des disciplines qui composent les métiers d’art et qui font rayonner la créativité québécoise. Le premier article de la série portait sur le métier de céramiste. Dans le second, nous avons abordé celui de la joaillerie. Ce troisième de la série explorera l’univers de l’ébénisterie.

 

Si l’on observe le Québec dans son ensemble, on remarque immédiatement le caractère nordique et boréal de notre province. Revêtu d’un couvert forestier imposant, le Québec a vu l’industrie du bois s’épanouir en son sein et devenir un moteur de développement économique et géographique. Il serait aisé de réduire ce passé de drave à un cliché de bûcheron. Cependant, l’industrie forestière est au patrimoine économique du Québec ce que le français est à son patrimoine culturel. De nos jours, les métiers du bois se renouvellent et l’ébénisterie est devenue tant artistique qu’utilitaire. Le bois revient au cœur de nos vies et il paraît nécessaire de ramener cette ressource brute régionale dans une optique de consommation durable. Derrière chaque meuble fabriqué à la main se trouve un artiste aguerri dédié à son travail et dont le métier sera sous la loupe dans les prochaines lignes.

Le chemin dans les bois

Il n’y a pas de chemin prédéfini menant à l’ébénisterie. Plusieurs parcours existent et les trois entreprises figurant dans cet article en sont la preuve. Dans le cas de Maxime Poisson, il est ébéniste de formation.

 

« Des études en charpenterie-menuiserie m’ont mené à apprécier le volet ameublement du cours. C’est véritablement dans ce module que j’ai découvert le travail du bois et surtout la création et la réalisation de petits meubles en bois. J’ai par la suite décidé de m’inscrire à l’École des métiers du meuble de Montréal (anciennement École du meuble Père-Marquette). J’ai donc fait mon DEP en ébénisterie en 2001-2002 à cette même école afin d’apprendre les bases du métier. Un cours étalé sur 1650 heures, environ 18 mois. » – Maxime Poisson

D’autres artisans ont trouvé la voie de l’ébénisterie de manière autodidacte, travaillant souvent dans des domaines reliés à la construction qui les ont menés vers le bois. Dans le cas de l’ébéniste Philippe Lefebvre de l’entreprise Woodstock & Cie, c’est à travers divers projets et grâce à sa passion pour le bois qu’il a réalisé le potentiel d’une entreprise d’ébénisterie.

 

« Je suis devenu ébéniste à travers ma passion pour le bois. À la base, je suis charpentier de métier. J’ai travaillé longtemps en construction résidentielle pour ensuite travailler dans la fabrication de chalets de bois rond. À cette époque (il y a une dizaine d’années), la mode des gros meubles très massifs et très rustiques commençait. Pour passer le temps, je m’amusais à transformer en meubles les grosses pièces de bois auxquelles j’avais accès et les gens aimaient bien ! Je travaille le bois depuis toujours, mais ce n’est que lorsque j’ai fabriqué ma propre table de cuisine que j’ai réalisé que, non seulement j’étais capable de fabriquer de bons meubles, mais que j’avais un certain talent en design. Et c’est à partir de cette réalisation que m’est venue l’idée de notre entreprise. » – Philippe Lefebvre

Philippe Lefebvre, crédit : Jérôme Binette

Philippe Lefebvre, Woodstock & cie // crédit : Jérôme Binette

Pour d’autres, l’ébénisterie est un travail d’équipe où plusieurs individus apprennent par eux-mêmes le métier pour ensuite combiner leurs forces dans le but de créer leur entreprise, comme c’est le cas de La Fabrique AllWood.

 

« L’équipe de La Fabrique AllWood a un parcours particulier. On se dit autodidacte. Les trois copropriétaires sont issus de domaines connexes à la construction [et à la] rénovation. Méghane a étudié et travaillé en design intérieur. Jérémie est électricien depuis plus de 10 ans. Simon a étudié et travaille en ingénierie électrique. Nos compétences diverses nous ont permis de bien nous compléter pour ce qui est des tâches de conception et de gestion. Le travail du bois, les gars l’ont appris sur le tas et, maintenant que l’entreprise a pris de l’ampleur, nous avons embauché deux jeunes ébénistes qui eux ont étudié à l’École du meuble de Montréal. » – La Fabrique AllWood 

Bien que les parcours soient tous différents et que certains soient plus atypiques que d’autres, une constante demeure : c’est la passion des entrepreneurs pour le bois, cette matière noble, brute et riche, qui les a menés à lancer leur propre entreprise.

La théorie derrière la pratique

Le bois est bien évidemment à l’honneur dans le domaine de l’ébénisterie. Toutefois, le choix de l’essence peut varier considérablement selon l’usage que l’on désire en faire, c’est-à-dire le produit que l’on souhaite créer, et le rendu désiré. Pour sa couleur et pour son grain des plus particuliers, le noyer noir est privilégié par Maxime Poisson dans 80 % de son travail de création. La Fabrique AllWood, quant à elle, mise beaucoup sur le bois dit massif ; elle préfère donc des essences comme l’érable, le cerisier, le noyer et le chêne. Bien sûr, ces entrepreneurs vont inclure d’autres matériaux à leurs créations, tels que l’aluminium et le cuir dans le cas de Maxime Poisson, ou l’acier et le contre-plaqué dans le cas de La Fabrique AllWood.

Pour ce qui est des techniques employées, elles se divisent en deux catégories, soit les techniques modernes, qui relèvent de l’utilisation de machines-outils, et les techniques davantage traditionnelles, qui relèvent de l’utilisation d’outils manuels. Dans tous les cas, le passage de la matière brute (le bois tout juste taillé) au produit fini se fait par le biais de cinq étapes. Elles vont comme suit : le dégauchissage, le planage, la coupe, le sablage puis la finition.

Les clés du métier

Le travail avec la matière brute, très près de son état naturel, nécessite d’être à l’écoute de celle-ci, d’être attentif à ses changements et de travailler avec un soin considérable. En effet, le travail avec une matière ayant été vivante est particulièrement délicat en raison de sa considérable instabilité. Le bois présente une certaine résistance et n’est pas toujours facile à travailler ; une certaine force physique est requise, de même qu’une bonne dextérité. L’ébéniste doit également faire preuve d’ingéniosité, d’adaptabilité et de créativité, non seulement pour créer un produit original, mais aussi pour convertir le brut de manière efficiente. La persévérance est au cœur de l’œuvre, non seulement dans le travail manuel lors duquel l’artiste peut rencontrer certaines difficultés, mais aussi en raison du milieu où la concurrence est forte et où un travail de longue haleine est requis pour se démarquer. Finalement, comme tout métier d’art, la minutie, le sens du détail, le perfectionnisme et la patience sont des qualités indiscutables pour arriver à créer une pièce qui témoigne d’un travail d’excellence.

Se cultiver à travers l’ébénisterie

Le métier d’ébéniste, à l’instar des autres métiers d’art, est un métier qui amène beaucoup, tant sur le plan personnel que professionnel, à celui qui l’exerce. La gratification est particulièrement liée au travail à la main et à la satisfaction qui en découle. Pour Robert, ébéniste à La Fabrique AllWood, les principaux avantages de son métier sont ceux-ci : « la fierté de relever des défis techniques, la chance de travailler dans un environnement de travail que je qualifierais de “lieu de vie” agréable et dynamique et les côtés parfois contemplatifs et créatifs du métier ».

Cette création constante mène également à une importante évolution personnelle, portée notamment par les investissements considérables, non seulement financiers, mais surtout en matière de temps. Il y a le développement d’une unicité, d’un style personnel et propre au créateur que permet cet acte créatif quotidien. L’ébéniste, à la différence des autres artisans, a cette particularité de travailler avec une matière vivante ou du moins qui l’était jusqu’à tout récemment. Ce contact unique avec la nature amène beaucoup aux ébénistes qui se lient alors avec elle, qui l’apprécient davantage.

 

« En tant qu’ébénistes, nous entretenons une relation très particulière avec la matière première que nous travaillons, le bois, qui est une matière qui reste continuellement en vie. […] Lorsqu’on travaille le bois, on doit apprendre à respecter son rythme afin qu’une certaine synergie s’installe et que le rendu du produit final soit maximisé. […] D’un point de vue personnel, le travail du bois m’amène à apprécier le caractère hybride de la nature, à la fois puissante et sensible. Mon métier me garde en contact constant avec la nature et cet avantage est indéniable si j’avais à comparer avec d’autres métiers. » – Philippe Lefebvre, ébéniste à Woodstock & Cie 

Woodstock & cie

Woodstock & cie

La sagesse du métier

Comme dans tous les métiers d’art, l’entrepreneur doit se créer une identité artistique, une marque de commerce, non seulement pour se démarquer sur le marché ou dans le milieu, mais aussi pour garantir une ligne directrice, une cohérence à ses créations. La construction de tout cela ne peut se faire sans une équipe forte, composée d’alliés, dans laquelle les forces complémentaires de chacun soudent les partenaires et solidifient le projet.

Pour ce qui est de l’ébénisterie, une profonde passion est nécessaire. C’est le carburant de l’initiative et, sans elle, il est impossible d’avancer. Sans le feu sacré, un artiste ne peut s’accomplir réellement. D’un point de vue plus concret, le climat de travail est quelque chose auquel il faut absolument porter attention afin de créer de manière optimale. Comme le dit si bien l’ébéniste de La Fabrique AllWood : « Porte une attention importante à la dynamique d’un atelier ». Assurément un mantra à ne pas oublier !

Sous les feux des projecteurs

Maxime Poisson est un ébéniste basé à Dunham qui crée des pièces du quotidien. Des meubles aux essentiels de cuisine, toute pièce est conçue pour allier confort, durabilité et intemporalité. Mettant le noyer noir à l’honneur, il conçoit des meubles dans une optique de contrer la surconsommation massive de notre génération en promouvant le legs de son patrimoine matériel. On aime tout particulièrement la chaise berçante Ekko, premier élément de mobilier réalisé par l’artiste. Tout simplement superbe, elle est inspirée de la chaise berçante de Boston.

Maxime Poisson

Maxime Poisson

La Fabrique AllWood, fondée en 2014, basée à Montréal, est une entreprise se spécialisant dans la fabrication de meubles. Combinant bois et acier, ses produits font preuve d’une polyvalence créatrice. À l’affût des opportunités, l’entreprise se consacre autant à des projets résidentiels que commerciaux. On remarque tout particulièrement la table à manger, qui est le « produit phare » de l’entreprise: « Ce meuble qui réunit familles et amis depuis la nuit des temps est selon nous un des plus importants dans une maison. »

En terminant, Woodstock & Cie, établie à Blainville, se consacre à l’ébénisterie et tout particulièrement à l’élaboration de bancs et de tables à dîner. Encore une fois, le rapport créateur client est direct. Les meubles en bois massif personnalisables sont offerts sur le site web de l’entreprise. Des valeurs fortes et un souci tant moral qu’écologique soutiennent l’entreprise. Elle le démontre d’ailleurs par son engagement de planter cinq arbres pour chaque meuble vendu. Woodstock & Cie est sans aucun doute une entreprise qui valorise le rapport humain : « Mais plus important encore, avant d’être un fabricant de meubles, nous avons décidé de bâtir une marque authentique et inspirante, qui cherche à faire vivre une expérience client intéressante où la convivialité et la proximité se font sentir à tout moment. »

Woodstock & cie

Woodstock & cie

Le métier d’ébéniste est un métier à la fois de dur labeur et de sensibilité. Se tourner vers l’ébénisterie québécoise, c’est se détourner des grandes surfaces pour privilégier une approche plus humaine. En choisissant son ameublement fabriqué ici, nous nous tournons vers des œuvres au travail remarquable, vers une éthique du bois, une éthique du meuble. Bref, l’ébénisterie est la conciliation matérielle entre les ressources de la nature et notre environnement humain.

 

 

 

Révisé par Mélanie

Jeanne Desrosiers

Collaboratrice au blogue

Étudiante passionnée par l’écriture et l’art, Jeanne est la blogueuse derrière La Vitrine Artistique. Grande lectrice, elle s’adonne aussi à la fabrication de bijoux, à la couture et à d’autres loisirs créatifs. En admiration devant le travail des artistes, elle ne sait résister à la tentation d’entrer dans leur boutique et court les différents salons afin de découvrir de nouveaux créateurs.

Pour elle, les produits locaux sont des produits inestimables qu’il faut mettre en valeur. Elle espère amener les jeunes à s’intéresser davantage à ce milieu et à consommer ces produits.

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