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Publié le 20 novembre 2017
Par Jeanne Desrosiers

Blogue

Le coût derrière le produit 2: les jouets

Consommation responsable/durable - Famille

Dans cette série d’articles, nous souhaitons mettre en lumière les facteurs affectant le coût derrière le produit fait au Québec. Le premier article proposait un survol de la production locale versus la production «made in China». Cet article propose de découvrir, à travers l’expérience de deux entreprises québécoises, tout le travail derrière les jouets qui sont fabriqués au Québec.

La première neige est tombée et c’est le début des emplettes de Noël, lentement mais sûrement. Les rayonnages des grandes surfaces commencent déjà à se remplir d’innombrables jouets pour enfants usinés. Les circulaires des magasins se retrouvent dans nos boîtes à malle, martelant sans cesse leurs « super » rabais des Fêtes. Ces offres peuvent paraître alléchantes, mais pourquoi ne pas remplacer sous le sapin ces jouets manufacturés à l’autre bout du monde par des produits locaux fabriqués à la main cette année?

L’envers du produit

Temps de travail sans limites (ou presque)

Créer des produits à la main est une tâche complexe qui nécessite bien du temps, et ce sans compter le temps qui est consacré à la gestion, au marketing, à la vente, à l’emballage et à toutes les autres tâches qui font partie intégrante du quotidien d’une entreprise. Alors qu’on considère qu’un employé moyen à temps plein travaille de 35 à 40 heures par semaine, les entrepreneurs, eux, ont des semaines bien plus chargées lorsqu’ils se consacrent entièrement à leur entreprise. Dans le cas d’Isabelle, créatrice derrière l’entreprise Jules mon poisson bulle, de septembre à décembre, sa période la plus achalandée, ses semaines de travail sont de 65 heures.

Quand un jouet est fabriqué à la main,  c’est avec une minutie sans égale. Pour la sécurité de l’enfant, on doit s’assurer que tout est parfait. Ce travail de moine est long et doit absolument être rémunéré. Isabelle explique toutefois que, parfois, les entrepreneurs doivent réduire la part du prix de vente qui va dans leur salaire pour tenter de garder des prix que la population sera prête à payer.

Qualité coûteuse de la matière première

Un produit fabriqué à la main est nécessairement conçu à partir de matériau de qualité. Cette dernière a un prix. Choisir de faire des jouets en bois ne coûte pas la même chose que produire des articles en plastique. Les matériaux doivent être traités si nécessaire, de même que travaillés. Chez Jules mon poisson bulle, le bois utilisé dans la fabrication des jeux de mémoire doit subir plusieurs étapes avant de se retrouver sur la boutique en ligne. Le bois doit d’abord être coupé dans une forêt durable au Nouveau-Brunswick. Ce dernier est, par la suite, découpé en planches dans une scierie là-bas et envoyé chez l’ébéniste dans la même province pour être taillé en blocs. Puis, les blocs parcourent environ 400 kilomètres pour venir à Montréal, où ils sont sérigraphiés. À l’atelier de l’artiste, un contrôle de qualité est effectué, de même qu’un huilage, un séchage et un triage. Pour finir, les jeux de mémoire sont emballés. Chacune de ses étapes nécessite la participation d’intermédiaires et de l’entrepreneur qui doivent être payés pour le travail accompli.

Du point A au point B

Le transport n’est pas non plus à négliger. Chez Orange & Coco, les perles des attache-suces et les anneaux de dentition sont importés d’Europe. Le transport de ces composantes doit être inclus dans le prix de vente du produit. La créatrice Morgane Le Berre mentionne qu’elle fait importer ces billes pour leur qualité, qui est supérieure à des billes produites dans des pays en développement qui, bien qu’elles soient moins chères, sont bien moins sécuritaires. Tous ces choix que prennent les entrepreneurs pour assurer une grande qualité à leur produit, et dans le cas des produits pour enfant, pour empêcher qu’il y ait tout risque pour les bambins, impliquent de choisir des matières de meilleure qualité et donc plus coûteuses.

Ensemble cadeau

Crédit: Orange & Coco

Le prix de vente

Véritables calculs algébriques

Le calcul du prix de vente est une équation complexe qui inclue une multitude de variable. Le coût de la matière, de la fabrication, de l’emballage, de la main d’œuvre et le salaire doivent être inclus dans le prix, de même qu’une marge pour pouvoir faire un profit. En effet, ce profit est nécessaire pour que l’entrepreneur puisse vivre de ses créations et non seulement rembourser les dépenses reliées à son produit.

Prenons pour exemple le calcul du prix de vente des jeux de mémoire de Jules mon poisson bulle qu’Isabelle a eu la gentillesse de m’expliquer. Premièrement, il faut prévoir ses stratégies de vente. Un produit vendu en ligne et un produit vendu en boutique ne rapportent pas du tout la même chose. La formule employée par la créatrice pour calculer le prix d’un jeu va comme suit : on multiplie le prix coûtant par la marge idéale (entre 2,5% et 3%). Ce serait si simple si tout s’arrêtait là. Mais non, c’est bien plus compliqué. Bien que cette formule représente le prix qui serait le plus profitable à l’entreprise, Isabelle doit ajuster son prix. Elle doit le réduire pour qu’il s’accorde à ce que la population est prête à payer. Donc, en considérant que le coût de production d’un jeu est de 20 $, pour avoir une marge idéale, le jeu devrait être vendu entre 60 $ et 70 $. Toutefois, pour vendre son jeu, elle n’a pas le choix d’abaisser son prix à 45 $. En vente directe, la marge de profit est correcte, mais en vente en boutique, elle est plus qu’insuffisante. Les boutiques appliquent des marges de 40 % à 50 % sur les produits. L’entreprise Jules mon poisson bulle ne fait donc que 4,75 $ de profit sur chaque jeu vendu.

Il ne faut pas voir ça comme une critique des boutiques, au contraire! Ces dernières ont elles aussi des locaux à payer, des employés à rémunérer, des taxes à payer. C’est normal qu’elles imposent des marges comme ces dernières sur les produits qu’elles vendent. Isabelle déplore plutôt le fait qu’il n’est pas acceptable dans la société québécoise d’ajuster ses prix selon ces conditions de vente, qu’un produit ne puisse pas être vendu plus cher en boutique qu’en ligne. Elle mentionne aussi une retenue chez le consommateur québécois, une difficulté à débourser la somme due pour un produit bien qu‘elle soit totalement justifiée.

Jeu de mémoire

Crédit: Jules mon poisson bulle

La TPS et la TVQ, applicables en tout temps

Un autre point qu’il serait important de souligner est les taxes. Ce n’est pas parce qu’un produit est fabriqué à la main que soudainement il n’est plus soumis aux taxes provinciales et fédérales. Comme n’importe quel magasin, boutique et compagnie, les entreprises québécoises qui fabriquent manuellement leurs produits paient elles aussi des taxes. Comme nous tous, ils contribuent à l’économie québécoise. Les propositions faites aux entrepreneurs pour ne pas payer de taxes sont inutiles et injustifiées, car les taxes s’appliquent sur ces produits comme sur la majorité des biens que nous consommons. Le 5 % de la TPS et le 9,975 % de la TVQ s’appliquent sur tous les biens vendus ou services fournis, contribuant ainsi au maintien du système québécois.

Remplir les coffres petit à petit

Une entreprise n’est pas rentable dès le début. Au départ, l’argent recueilli ne va qu’à rembourser les possibles emprunts faits pour le lancement de l’entreprise et à assurer la survie de cette dernière. Selon Morgane Le Berre d’Orange & Coco, pour qu’une entreprise soit rentable au point d’en vivre, cela prendrait un minimum de 2 à 3 ans. Elle souligne aussi que la définition de rentable est toutefois variable, car elle dépend du revenu nécessaire à l’entreprise et désiré par le créateur. Elle explique que le plus dur est la première vente et non le lancement de l’entreprise en tant que tel. C’est une fois que quelques ventes s’accumulent, et que l’entreprise atteint un certain rythme que cela devient plus facile.

Attaches-suces

Crédit: Orange & Coco

Le jouet québécois et tous ses avantages

Les avantages à acheter des jeux et jouets conçus et fabriqués au Québec sont multiples. Le produit est pensé et fabriqué par une personne avec de la passion et un dévouement énormes. Comme le dit Isabelle, l’objet porte en lui les valeurs de l’entrepreneur qui l’a créé et est ainsi gage d’authenticité. Morgane ajoute que ces produits sont uniques et faits avec amour, ce qui constitue tout leur charme. Elle-même souligne qu’elle fabrique chacun de ses produits comme s’il était pour son enfant. Ces produits sont plus durables; ils traversent le temps. Les attache-suces peuvent être conservés dans la boîte à souvenir une fois que l’enfant ne les utilise plus et être une source de nostalgie des années plus tard. Les jeux de mémoire peuvent être légués à la génération suivante et ainsi faire durer le plaisir.

Aspect environnemental

Isabelle insiste aussi sur le fait qu’acheter un jouet localement amène un plus grand respect de l’environnement et suit l’optique du développement durable. Elle développe en disant que les intermédiaires sont moins nombreux, que les transports sont moins importants, que les employés sont mieux traités et payés, bref, que le produit vient d’un milieu plus éthique. Elle ajoute qu’il faut penser globalement en tant que société et réfléchir sur le changement que l’on veut apporter.

Finalement, oui, les coûts des jeux et jouets fabriqués au Québec sont plus élevés que ceux fabriqués dans les pays asiatiques. Toutefois, leur coût est justifié et même parfois trop bas pour leur réelle valeur. Ces produits ont d’ailleurs une valeur supérieure à ceux usinés et valent amplement la dépense. Offerts en cadeaux, ils feront bien des heureux. Le budget sera peut-être plus serré, mais comme le dit Isabelle Aubut, c’est préférable «d’acheter moins, mais d’acheter mieux».

Vous avez manqué le premier article de la série Le coût derrière le produit? Il est juste ici!

Merci à Morgane Le Berre de Orange & Coco et Isabelle Aubut de Jules mon poisson bulle pour leur participation à l’article

Révisé par Maud

Couverture: Jules mon poisson bulle

 

Jeanne Desrosiers

Collaboratrice au blogue

Étudiante passionnée par l’écriture et l’art, Jeanne est la blogueuse derrière La Vitrine Artistique. Grande lectrice, elle s’adonne aussi à la fabrication de bijoux, à la couture et à d’autres loisirs créatifs. En admiration devant le travail des artistes, elle ne sait résister à la tentation d’entrer dans leur boutique et court les différents salons afin de découvrir de nouveaux créateurs.

Pour elle, les produits locaux sont des produits inestimables qu’il faut mettre en valeur. Elle espère amener les jeunes à s’intéresser davantage à ce milieu et à consommer ces produits.

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